Les Psychotropes chez les séniors

Cet article se veut présenter Les Psychotropes chez les séniors pour vous aider à mieux comprendre les enjeux, les précautions à prendre, et les alternatives possibles.

Introduction:

Les psychotropes sont des médicaments qui agissent sur le cerveau et modifient l’humeur, le comportement ou les perceptions.
Très utilisés chez les personnes âgées, ils peuvent traiter des troubles comme l’anxiété, la dépression, l’insomnie ou les troubles du comportement.
Toutefois, leur usage chez les seniors doit être particulièrement prudent en raison des modifications liées au vieillissement et des risques d’effets indésirables.

1. Qu’est-ce qu’un psychotrope ?:

Les psychotropes regroupent plusieurs grandes familles de médicaments :

  • Les anxiolytiques (benzodiazépines)
  • Les antidépresseurs
  • Les antipsychotiques (neuroleptiques)
  • Les hypnotiques (somnifères)
  • Les régulateurs de l’humeur
  • Ces médicaments peuvent être très utiles, à condition d’être bien indiqués et bien surveillés.

    2. Pourquoi les prescrit-on aux personnes âgées ?:

    Chez les seniors, les psychotropes sont souvent prescrits pour :

  • Troubles du sommeil
  • Anxiété ou états dépressifs
  • Démence (troubles du comportement, agitation, hallucinations)
  • Douleur chronique (certains antidépresseurs sont aussi antalgiques)
  • Syndromes confusionnels (parfois à tort)
  • Leur prescription doit toujours faire suite à une évaluation complète de la situation médicale et psychosociale du patient.

    3. Quels sont les risques chez les personnes âgées ?:

    Avec l’âge, le corps réagit différemment aux médicaments :

  • Métabolisme plus lent, ce qui augmente la durée d’action des psychotropes.
  • Interactions médicamenteuses (souvent plusieurs traitements en même temps).
  • Altération des fonctions cérébrales et sensibilité accrue.
  • Parmi les effets indésirables fréquents :

  • Somnolence, troubles de l’équilibre, risques de chutes et de fractures.
  • Confusion mentale ou état délirant.
  • Troubles de la mémoire ou diminution des capacités cognitives.
  • Dépendance ou effet de sevrage à l’arrêt (notamment pour les benzodiazépines).
  • Risque accru de mortalité chez les personnes âgées démentes traitées par neuroleptiques.
  • 👉 Le risque dépasse parfois le bénéfice, surtout en cas de prescription prolongée sans réévaluation.

    4. Les bonnes pratiques d’utilisation:

    Pour sécuriser l’usage des psychotropes chez la personne âgée, il est recommandé de :

  • Évaluer systématiquement la cause des symptômes (anxiété, agitation, insomnie…).
  • Commencer à dose minimale, et réévaluer régulièrement.
  • Limiter la durée du traitement, surtout pour les anxiolytiques et les somnifères.
  • Éviter les associations de plusieurs psychotropes.
  • Favoriser une approche non médicamenteuse avant d’introduire un traitement.
  • 5. Quelles sont les alternatives possibles ?:

    Avant de prescrire un psychotrope ou en complément, plusieurs approches peuvent être efficaces :

    ✅ Approches non médicamenteuses :

  • Psychothérapie, soutien psychologique
  • Techniques de relaxation, méditation
  • Exercice physique adapté (effet bénéfique sur l’humeur et le sommeil)
  • Stimulation cognitive (activités sociales, mémoire…)
  • Amélioration de l’environnement (éviter l’isolement, lumière naturelle, routine)
  • ✅ Mesures spécifiques selon le trouble :

  • Insomnie : hygiène du sommeil, régularité des horaires, éviter café et écrans
  • Anxiété légère : thérapies cognitivo-comportementales (TCC), groupes de parole
  • Agitation liée à la démence : techniques de réassurance, adaptation de l’environnement, musicothérapie
  • 6. Le rôle de l’entourage et des soignants:

    Les proches et les professionnels de santé ont un rôle clé :

  • Observer les signes de souffrance psychologique ou de confusion.
  • Encourager une vie sociale et physique active.
  • Interroger régulièrement sur l’efficacité et les effets secondaires des médicaments.
  • Être vigilants aux prescriptions prolongées sans réévaluation.
  • Conclusion:

    Chez les personnes âgées, les psychotropes doivent être utilisés avec discernement. S’ils peuvent soulager certains troubles, leur usage abusif ou inadapté peut entraîner de graves conséquences.
    L’idéal est de favoriser les solutions non médicamenteuses, de prescrire avec prudence, et de réévaluer régulièrement les traitements.
    Une approche globale, humaine et personnalisée est la clé pour maintenir bien-être et autonomie chez les seniors.

    Ressources utiles:

  • Haute Autorité de Santé – Améliorer la prescription des psychotropes chez la personne âgée
  • 3 réflexions au sujet de “Les Psychotropes chez les séniors”

    1. Bonjour Dr. Amani Jouini,

      Votre article est très juste, les bonnes pratique que vous recommandez découlent également du bon sens, malheureusement il est dommage que dans certains établissements l’utilisation des psychotropes chez les séniors ne soit pas adaptée et que l’on en arrive à la situation dont je vous fait état.

      Par mon commentaire, je voudrais vous faire part de mon vécu en ce qui concerne l’usage (mésusage) des psychotropes chez les personnes âgées et notamment les effets secondaires délétères qui en découlent.

      Ma compagne souffre de troubles du comportement, son profil est atypique (à composante frontale) car elle ne présente pas tous les symptômes qui « normalement » signe une DFT, hormis une désinhibition et une recherche de contact. Les derniers temps elle faisait des choses qui pouvait la mettre en danger chez elle, j’avais mis en place tout ce qui pouvait la maintenir au mieux, malheureusement je n’ai pas eu d’autre choix, ne pouvant être présent à ses cotés 24h/24, elle est entré dans un EHPAD dans le Nord-Isère le 26 mai 2025. Il faut savoir qu’elle avait conservé une autonomie dans son quotidien, faisait ses mots mêlés, en comparaison aux autres résidents, elle était très autonome et active.
      Au début cela se passait assez bien, j’allais en visite et la prenais régulièrement avec moi pour la changer de cette atmosphère et continuer de mener une vie la plus agréable, normale possible, tout se passait sans problème, son comportement n’était pas du tout ce que me décrivait la gériatre.
      Dans le service où elle se trouvait il y avait un homme avec de graves troubles cognitifs, assez violent, il y a eu confusion du personnel, qui a au début fait passer ce monsieur pour moi, de fait il a pris ma compagne pour sa femme. Il s’en est suivi des attouchements et relations sexuels (violences…), ce avec une hygiène déplorable… et un laisser faire de la part de tous, cela les faisaient rigoler… c’était mignon, comme disait la psy !
      J’ai tenté ce que j’ai pu auprès de la direction et de l’équipe soignante, avec pour seule réponse : on peut pas empêcher ces choses, la chambre du résident est un espace privé, cela ne nous regarde pas ce qu’il s’y passe, si vous n’êtes pas content, vous la changez d’établissement, dixit la directrice !
      Devant l’évolution de la situation, la gériatre parlait de dépression, d’anxiété et se disait complètement dépassée, et ne voulait pas traiter le monsieur qui était constamment derrière elle (il m’a agressé 3 fois) a fait appel à un psychiatre, et là ça a été la dégringolade puis la catastrophe. Sans chercher une approche non-médicamenteuse, aucune activité ni patience, ma compagne a subit je ne sait combien de changement en peu de temps de psychotropes très puissants à des doses importantes (quétiapine, seresta, sertraline, haldol, zyprexa, paroxétine…), mélange qui n’a fait qu’aggraver et augmenter sa confusion. J’avais averti plusieurs fois sur, non seulement le danger de cette pratique, mais également sur le changement observé dans le comportement de ma compagne (dormait beaucoup, état léthargique…), depuis mi-décembre c’était désolant, elle ne mangeait presque plus, se déshydratait, ne tenait plus debout… Il est vrai que c’était plus tranquille pour les aides-soignantes… Lui rendant régulièrement visite, je voyais comment cela se passait et je les dérangeait manifestement.
      L’état de ma compagne s’est dégradé à la mi-décembre, elle somnolait une grande partie du temps, risquait de chuter, etc… cela m’inquiétait. En plus, le jour de son départ le 23 décembre dernier, date de son transfert en urgence en UHR dans un semi-coma, une des femmes s’est énervée et l’a jetée sur le lit devant moi, n’arrivant à lui faire enfiler les manches d’un pull, elle était comme une poupée de chiffon !
      A l’UHR, les premiers jours le médecin chef du service m’a confié qu’il ne savait pas si elle s’en sortirait, l’effet iatrogène des médicaments, l’accumulation insensée et le surdosage pour « la calmer », tout cela révèle une incompétence (la gériatre se disait complètement dépassée), un manque d’écoute et de prise en compte du danger de ces pratiques en ce qui concerne les maladies neurodégénératives, ce, malgré de multiples mises en garde de ma part, car j’avais bien vu l’impact délétère et l’effet inverse de cette médication.
      De plus, il y a aussi une indifférence au sort des personnes âgées malgré les belles déclarations de la direction (bienveillance, respect…), lors de nos entretiens la seule réponse était: on ne peut rien faire pour empêcher ce monsieur, puisque quand vous l’emmenez avec vous en séjour elle est bien, prenez la avec vous ou changez d’établissement, nous on veut s’en débarrasser !
      Tout cela ne peut générer que de la souffrance et de la colère car le mal est fait…. Comment refaire confiance après avoir vécu une telle situation, franchement, je ne croyait pas vivre cela un jour, c’est effrayant ! Si ma compagne n’avait pas été transférée dans cet UHR, elle ne serait plus de ce monde…
      Actuellement l’unité dans laquelle se trouve ma compagne semble être adaptée, le médecin référent a bien saisi la problématique et met tout en œuvre pour stabiliser ma compagne en privilégiant une approche non-médicamenteuse, j’espère sincèrement qu’elle va s’en sortir.

      Je vous remercie de votre attention,
      Bien cordialement
      Philippe DIET

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      • Bonjour Monsieur Diet,
        Je vous remercie pour votre témoignage, qui est à la fois un cri du cœur et un appel à la conscience collective. Votre récit m’a profondément touchée, tant par la dignité avec laquelle vous avez accompagné votre compagne que par l’inhumanité de ce qu’elle a subi. Ce que vous décrivez dépasse l’entendement : des manquements graves, une indifférence coupable, et une cascade de décisions médicales aux conséquences dramatiques. Votre combat pour alerter, protéger et aimer malgré tout force le respect.
        Votre histoire illustre malheureusement une réalité que trop de familles et de soignants connaissent : l’écart entre les bonnes pratiques, les belles déclarations, et la réalité du terrain. Les établissements, même bien intentionnés, peuvent parfois être dépassés par des situations complexes, faute de moyens, de formation ou de volonté. L’usage inapproprié des psychotropes chez les personnes âgées, surtout celles souffrant de troubles neurodégénératifs, est un fléau connu, mais trop souvent minimisé. Votre témoignage en est une preuve glaçante.
        Je mesure aussi votre sentiment d’impuissance et de trahison. Comment faire confiance après avoir vu l’institution échouer à protéger ceux qu’elle est censée accompagner ? Comment accepter que la solution proposée soit de « s’en débarrasser » plutôt que de chercher des réponses adaptées ? Ces questions, légitimes, doivent nous interpeller tous.
        Pourtant, malgré tout, votre message se termine sur une lueur d’espoir : votre compagne est aujourd’hui dans une unité adaptée, entourée d’une équipe qui semble enfin à l’écoute. Cela prouve que des alternatives existent, que la bienveillance et la compétence peuvent faire la différence. Je souhaite de tout cœur que cette nouvelle prise en charge lui permette de retrouver un peu de sérénité, et à vous, un peu de paix.
        Votre combat n’est pas vain. En partageant votre expérience, vous contribuez à alerter, à sensibiliser, et peut-être à éviter que d’autres ne vivent la même souffrance. Je vous encourage à continuer à porter votre voix, que ce soit auprès des associations de familles, des instances de régulation, ou des médias. Les changements ne viendront que si les témoignages comme le vôtre sont entendus.
        N’hésitez pas à me solliciter si vous souhaitez échanger plus en détail sur les approches non médicamenteuses, les recours possibles, ou simplement partager votre vécu. Vous n’êtes pas seul dans ce combat.
        Avec toute ma sympathie et mon soutien,
        Dr. Amani Jouini

        Répondre
    2. Bonjour Dr. Amani Jouini,

      Je reviens vers vous, c’est à moi de vous remercier chaleureusement pour votre commentaire, de ne pas être indifférente tant il est vrai que ce sujet sensible dérange les consciences, trop souvent négligé ou passé sous silence dans notre société.

      Vous dites que mon témoignage se termine sur une lueur d’espoir, heureusement ma compagne « Eliane » est bien entourée par des professionnels à l’écoute, formés en conséquence et qui privilégient une approche non-médicamenteuse. Certes, la lueur d’espoir est bien faible, mais je vais tout faire pour contribuer à l’amélioration de sa santé, à être présent auprès d’elle du mieux possible.

      Je lui ai rendu visite jeudi dernier, il y a du mieux, elle m’a reconnu et s’est jetée dans mes bras en m’appelant « comme avant », nous avons pu passer un moment où tendresse, affections, avec en ce qui me concerne de la peine et de l’inquiétude face à l’avenir.
      Le médecin référent ne peut prédire quelle sera son évolution, et craint tout comme moi, au regard de son état actuel, qu’il y ait des séquelles irréversibles augmentant sa dépendance…

      Comme vous l’écrivez, « cela dépasse l’entendement », c’est certain et pourtant c’est la triste réalité, la vérité de ce vécu douloureux. De ce que j’ai pu recueillir auprès de familles ayant un proche en Ehpad, on retrouve des situations dramatiques, conflictuelles, certaines ont dû changer leur proche d’établissement, voire de le recueillir.
      Naturellement, on retrouve beaucoup d’abus de psychotropes, notamment de la classe des neuroleptiques, bien trop souvent prescrits de manière inappropriée, sans suivi et qui sont la cause de graves conséquences chez les personnes âgées atteintes de maladies neurodégénératives.

      Combat ? Oui c’est un combat, bien inégal, mais on ne doit laisser ni passer sous silence ce genre d’agissement envers nos anciens vulnérables et sans défenses la plupart du temps.
      Souffrance invisible, indifférence, franchement certaines personnes travaillant au sein de ces établissements n’y ont pas leur place, cela est d’autant plus grave que ma compagne était en UVP (Unité… soi-disant de Vie Protégée ! ).

      Pour conclure, je saisis votre aimable proposition d’échanger, de partager plus amplement mon vécu car je pense en effet que cela sera intéressant, aussi je vous laisse le soin de me contacter.
      En attendant, je vous remercie encore pour votre commentaire et votre soutien.

      Bien cordialement
      Philippe DIET

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